Jade - Les pilules à la main – KOOL

Les pilules à la main, j’ai vu un ange se placer devant moi, ma mère, et d’un geste délicat et courageux, elle les a prises et les a déposées un peu plus loin. Elle était arrivée au bon moment. Mon nom est Jade, j’ai 19 ans et le 7 janvier 2015 à 20h35 j’ai essayé de me suicider.  Je me souviens de chaque minute par cœur de la suite des évènements, mais on devrait commencer avec les raisons qui m’ont poussé à faire ce geste important.

J’ai toujours été la fille qui avait le sourire facile, qui ne parlait pas de ses problèmes et qui cachait ses émotions selon le «mood» des gens qui l’entouraient. Tout a commencé en secondaire 1, j’avais 12 ans et j’étais en couple avec un garçon 1 an plus vieux que moi. Un jour, il m’a menacé. Il m’a demandé de lui envoyer une photo de moi osée sinon il comptait se séparer de moi. Moi, jeune fille innocente ayant sa première relation amoureuse, je l’ai écouté et j’ai effectué le tout. Eh bien, croyez-moi ou non, 2 mois plus tard, cette photo fut publiée sur les réseaux sociaux et ma vie fut renversée. En fait, renversé n’est pas le mot. J’ai été détruite, intimidée, méprisée et violentée à seulement 12 ans. Pour certain, ce genre de situation ne dure pas très longtemps, mais pour moi, cela m’a suivie pendant 5 ans jusqu’à ce que je sois capable de mettre un pied à terre pour me défendre. Personne ne peut s’imaginer ce que j’ai subi pour avoir fait une simple erreur. On dit souvent que l’erreur est humaine et que ce n’est pas si grave que ça, mais bien honnêtement, je n’y croyais plus. C’est là que j’ai commencé à faire la seule chose qui me faisait du bien, me mutiler.

Je me mutilais jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune place sur mon corps pour le faire. Je ne cherchais pas l’attention des autres, car chaque commentaire, situation et violence que je recevais équivalait à une coupure sur mon corps. Je me disais qu’un jour ça diminuerait, mais non. Je me faisais continuellement du mal, je ne sortais plus, je ne voyais plus mes amies, je repoussais ma famille et tout ça, car c’était moi qu’on avait décidé de repousser. Trois ans plus tard, cela m’avait suivi jusque dans une nouvelle école. Je me suis donc dit que peu importe où j’irais, cela ferait partie de moi. J’ai donc voulu mettre fin à mes jours. Je me souviens encore de tout le mal que j’ai fait subir à ma famille, mais surtout à ma mère qui a dû m’amener d’urgence à l’hôpital cette soirée-là. Ayant été hospitalisée et rencontrée par un des nombreux psychologues, j’ai enfin pu voir la vie sous un nouvel angle.

La Jade d’aujourd’hui se souvient encore parfaitement de chaque détail. Un des plus importants était le fait que je ne voulais pas mourir à ce moment-là, je voulais simplement arrêter de souffrir. Je voulais que quelqu’un emprisonne chaque personne ayant causé le mal-être que j’avais à ce moment-là. Je voulais la justice pour tout ce que j’avais enduré et malgré mon non-silence, je ne l’ai jamais eu. Ces gens sont encore là, libres, disposés à détruire la vie des autres personnes sans aucune conséquence. Pensez-y, il faut une seconde pour intimider quelqu’un, et toute une vie pour que la personne se reconstruise. L’important c’est de ne pas rester seule, allez chercher l’aide nécessaire, mais aussi la justice, chaque personne mérite le respect.

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