Mathilde - S'oublier – KOOL

J’ai toujours su que je suis spéciale, différente des autres. Étant une personne qui aime aider les gens, j’ai toujours su mettre mes besoins de côté pour répondre en premier à ceux des personnes qui comptent pour moi. Jusqu’à un tel point où je me disais que les gens vivaient des situations toujours plus difficiles que les miennes, que je n’avais pas à me plaindre de mes petits moments de faiblesse. Je suis une personne qui a beaucoup d’empathie, et malgré-moi, je prends le bonheur tout comme le malheur des autres sur mes épaules. Cela me permet de me mettre à leur place, de comprendre leur réalité et ainsi de mieux les aider s’ils doivent passer au travers de situations difficiles. J’ai fait ça toute ma vie. Aider les gens. Les écouter. Les rassurer. Mais je n’ai jamais été capable de le faire pour moi.

Un jour, je me suis rendu compte que tout ne fonctionnait plus comme je le voulais. Lorsque les gens me parlaient de leurs tracas, ceux-ci me rentraient dedans comme si je vivais le plus grand des malheurs. À chaque nouvelle journée qui commençait, je n’arrivais plus à trouver de motivation pour tout ce qui me rendait heureuse auparavant. Mes proches me demandaient toujours comment j’allais, en voyant très bien que quelque chose ne tournait pas rond. Mais j’étais incapable de trouver pourquoi je n’allais pas bien. Étant une personne qui écoute plutôt qu’une personne qui parle d’elle, j’ai toujours eu beaucoup de difficulté à exprimer mes émotions et à mettre des mots sur ce que je vis. J’ai toujours vécu par en-dedans, contrairement à plusieurs autres.

J’ai commencé une démarche psychologique pour m’aider à comprendre ce que je vivais. Les premières séances furent difficiles parce qu’il était inhabituel pour moi de parler de ma personne. Après avoir cherché des pistes sur ce qui aurait pu déclencher ce mal-être, et après plusieurs séances, le spécialiste en est venu à conclure que je ne m’écoutais pas assez. Que la petite Mathilde en boule au fond de moi avait elle aussi le droit d’être écoutée, qu’elle avait elle aussi le droit de pleurer et de se faire entendre. Je suis repartie chez moi après la dernière rencontre avec le sentiment d’avoir enfin compris mon bobo, et que j’allais enfin réussir à retrouver le bonheur qui m’habitait avant.

Plusieurs semaines se sont écoulées après ma démarche avec le psychologue. Je travaillais sur moi et je sentais que j’allais mieux. Mais c’est au moment où un peu trop de poids s’accumulait sur mes épaules que j’ai fait ma première crise d’anxiété. Le pire sentiment de ma vie. J’étais seule dans ma chambre, en boule, à pleurer et à ne plus savoir comment penser. Et cela s’est reproduit une deuxième fois quelques jours plus tard. J’ai commencé à me faire mal physiquement pour pouvoir mettre des mots sur mes blessures. La douleur physique était plus facile à décrire et à comprendre que la douleur psychologique. Je me suis ébouillanté sous la douche, je me suis graffignée au sang, à m’en laisser des cicatrices encore aujourd’hui. Je ne faisais pas ça pour attirer l’attention, mais bien parce que je me sentais soulagée après m’être fait du mal. Dans ma tête, je me faisais toute sorte de scénarios pour en finir, parce que je croyais que ma vie allait être dédiée au malheur. C’est là que j’ai compris que j’avais vraiment besoin d’aide.

J’ai décidé de parler à mes parents, et après plusieurs discussions, j’ai conclu qu’aller consulter mon médecin pour pouvoir obtenir l’aide nécessaire était la chose à faire. L’aide qui encore aujourd’hui me permet de passer au travers de mes journées sans trop m’éloigner dans mes pensées plus sombres. On m’a toujours déconseillé de prendre de la médication à long terme, mais je crois que dans ce cas-ci, c’était plus que nécessaire pour que je garde le cap.

Avec tout ça, ce que je retiens de cette période de ma vie est que je n’aurais pas dû attendre aussi longtemps avant de m’ouvrir sur mes maux. Que lorsqu’on ressent un sentiment de détresse, on devrait tout de suite en faire part à quelqu’un pour éviter que cela ne devienne pire. Et vous savez, il n’y a rien de honteux là-dedans. Au contraire, il faut être fier de demander de l’aide, parce que ça prend beaucoup de courage pour parler de ce qui ne va pas. Mais sachez qu’il y a toujours quelqu’un qui sera là pour vous écouter et vous conseiller, et ce sans jugement. Parlez-en, ça n’a pas à être tabou.