Izabelle - Ma version 2.0 – KOOL

Pendant de nombreuses années, alors que j’étais interprète (chanteuse/danseuse) dans des revues musicales qui se produisaient à l’international, on m’a appris à ne pas montrer mes failles. Dans un monde majoritairement masculin, étant ”band leader” et directrice de tournée, j’ai dû apprendre à me bâtir une carapace assez rapidement pour survivre, pour être prise au sérieux et me faire respecter par mes pairs masculins. C’est un milieu dans lequel on met énormément de pression sur le physique et qui est totalement axé sur la performance et l’apparence. J’ai eu longtemps l’impression de ne pas être ”enough” tout en donnant l’impression que j’avais une confiance sans faille. Au lieu de mettre en valeur mes forces, je misais énormément sur ma versatilité. Dans ma tête, je devais être capable de performer dans tout, mais je ne me voyais exceller dans rien. Étant dans une distribution avec quatre autres filles, inévitablement je me comparais. Ça l’a été comme ça pendant 14 ans, jusqu’à ce que je me retrouve seule sur scène et que je commence à écrire mes propres chansons pour mon projet d’album il y a 2 ans…

Je me retrouvais donc face à moi-même avec nul autre choix que de faire une introspection et de me donner le droit d’être vulnérable. Je voulais que ça sorte de mes tripes, mais comment y accéder lorsque je les ai laissées déconnecter pendant si longtemps afin de me protéger? Ce n’est pas que j’étais devenue ”fake”, mais je m’étais simplement perdue à essayer d’être incassable et à taire mes émotions pour vouloir être forte à tout prix.

Me reconnecter avec moi-même et laisser sortir cette vulnérabilité fut un travail intensif de plusieurs mois. Ce fut un travail autant sur scène, que dans mes relations interpersonnelles et dans ma relation avec mes émotions. J’ai dû briser ce réflexe bien ancré en moi de me fermer automatiquement de toutes émotions qui pouvait me rendre vulnérable. Derrière ce barrage se trouvait tellement d’émotions accumulées que dès que je tentais de m’ouvrir j’avais peur de céder sous la pression.

Tranquillement, j’ai dû apprendre à m’en défaire. Brique par brique. J’ai fait le ménage à l’intérieur et j’ai dû prendre le temps nécessaire pour soigner mes blessures comme il se doit, une à une. Il y en avait des plus profondes que d’autres; violence conjugale, pression sociale, épuisement professionnel, pour n’en nommer que quelques-unes. J’y travaille encore aujourd’hui. Ce n’est pas une chose facile, mais ce fut le plus beau cadeau que j’ai pu me faire à moi-même et à ma carrière artistique.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, je peux enfin toucher les gens avec mon art et me laisser atteindre en retour sans avoir peur de me briser. J’aurais cru que cet accès à ma vulnérabilité m’aurait rendu faible, mais au contraire je suis tellement plus forte. Même si tout ça est encore   nouveau, j’apprends énormément en étant davantage à l’écoute de mes sentiments. Auparavant, je les aurais les refouler derrière mon armure de plomb. Ceux-ci me guident et me permettent de mieux m’accepter et de prendre soin de moi et des gens qui m’entourent. Les émotions nous permettent de nous connecter tel un courant électrique qui transmet de l’énergie. Cette vulnérabilité m’a permis de retrouver mon inspiration artistique et de créer des chansons qui m’inspirent et qui me parlent. J’ai d’ailleurs choisi de nommer mon album *”Version 2.0” en l’honneur de cette nouvelle phase. C’est le début d’une belle aventure que je savoure pleinement.

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